Les obus jouaient à pigeon vole (Raphaël Jerusalmy)

Jerusalmy

Date de publication : 2016
Maison d’édition : Bruno Doucey
Nombre de pages : 184
Quatrième de couverture : « 1916 : tranchée de première première ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. Le 17 mars à 16 h, le sous-lieutenant Cointreau-whisky, alias Guillaume Apollinaire, engagé volontaire, est atteint à la tempe par un éclat d’obus alors qu’il lit une revue littéraire. La revue qu’il tenait au moment de l’impact, annotée de sa main, vient d’être retrouvée en Bavière. C’est du moins ce que prétend l’auteur de ce récit. Les 24 h qui précèdent l’impact y sont relatées heure par heure, en un cruel compte à rebours qui condense le drame humain en train de se jouer au fond de cette tranchée et le bouleversement qu’il entraîne dans l’âme d’Apollinaire. Car cette journée va être capitale pour la poésie. »

Pour moi, Les obus jouaient à pigeon vole est une petite pépite littéraire dans laquelle Raphaël Jerusalmy imagine les vingt-quatre dernières heures fatidiques qui ont mené à la blessure à la tête de Guillaume Apollinaire en 1916, l’obligeant à quitter le front pendant un certain temps, avant d’y revenir, puis d’y mourir, le 9 novembre 1918, de la grippe espagnole.

Le récit, découpé heure par heure et ponctué, à chaque fois, à la fin, par un extrait textuel du poète en lien avec ce qui a été raconté auparavant, nous présente non seulement Guillaume, mais aussi les camarades qui font partie de son régiment, ou encore un soldat allemand, de l’autre côté des tranchées. Tous vivent le même calvaire, peu importe leur nationalité ou leur camp : le manque de nourriture, d’hygiène, de sommeil, de contact humain…

Mais, à la différence des autres, Guillaume, qui est devenu officier par sa bravoure au combat, a un échappatoire : l’écriture, qui est le véritable enjeu de ce récit, plus que de raconter les combats ou les conditions de vie des soldats. L’écriture de poèmes sur un carnet, mais aussi écriture de lettres à ses amis artistes, à sa marraine de guerre, à sa maîtresse Madeleine… L’écriture comme réponse à la barbarie et à la violence, comme moyen de ne pas devenir fou, comme témoignage également de la situation. Et cette écriture, la vision du monde qu’Apollinaire transcrivait dans sa poésie, se retrouve dans ces vingt-quatre heures en partie imaginaires.

Raphaël Jerusalmy arrive ainsi, avec beaucoup de brio, et pour la deuxième fois, à redonner vie à un poète majeur de la littérature française : il avait déjà, en effet, avant Apollinaire, imaginé la vie de François Villon après son exil de Paris dans La confrérie des chasseurs de livres, récit que j’avais aussi beaucoup apprécié. Il a une certaine capacité à se mettre dans la peau des auteurs dont il choisit d’imaginer un pan de la vie, à tel point que le lecteur a l’impression de les voir ressusciter sous ses yeux au fil de sa lecture.

C’est en tout cas un auteur que j’ai découvert totalement par hasard il y a quelques années, et que je suis depuis avec beaucoup d’intérêt.

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