Lever de rideau sur Terezin (Christophe Lambert)

lever-de-rideau-sur-terezin

Date de publication : 2015
Edition : Bayard Jeunesse
Nombre de pages : 462
Quatrième de couverture : « Depuis les premières lois anti-Juifs du régime de Vichy, le dramaturge à succès Victor Steiner se terre dans un petit appartement parisien. Mais un soir, la passion du théâtre est la plus forte : il sort de sa cachette pour assister à la première du « Soulier de satin » à la Comédie française, et au retour il est arrêté par la police.Quelques jours plus tard, il embarque dans un train à bestiaux. On lui a pourtant dit qu’il aurait droit à un traitement de faveur… Et, de fait, en pleine nuit, on le fait changer de convoi. Dans ce nouveau wagon, plus un seul Français ; seulement des Juifs allemands. Le traitement de faveur, c’est que Steiner sera déporté dans le camp de Terezin, celui où sont parqués les Juifs « prominenten » – « importants » : artistes, intellectuels, hommes politiques, savants… À première vue, Terezin a tout d’une gentille ville tchécoslovaque : d’élégantes fortifications, des trottoirs bien propres, des parcs et même une église. Mais ses murs cachent la même violence que les barbelés de n’importe quel autre camp… »

Comme à son habitude, Christophe Lambert nous gratifie d’un roman passionnant, mêlant documentation historique poussée sur le camp de Theresienstadt et narration/intrigue dynamiques permettant aux adolescents d’entrer « en douceur » dans une période certes sombre de l’Histoire, mais qui doit leur être racontée au plus tôt. Mais c’est aussi en lien avec un autre pan de l’Histoire, cette fois littéraire, que se met en place un des autres intérêts de ce roman. Victor Steiner, grand dramaturge français, emprisonné dans ce camp, doit, à la demande d’un des gradés qui apprécie particulièrement le siècle de Louis XIV, écrire et monter une pièce en six mois sur cette période, dans le but de faire bonne figure face à la Croix-Rouge. En effet, celle-ci vient en visite à Terezin pour se faire son idée sur les camps nazis. Steiner se trouve donc contraint de changer ses habitudes d’écriture, puisqu’il s’intéresse plutôt, dans ses œuvres, à ses contemporains qu’à ses aïeux, et écrire à la demande d’un « mécène » (même si c’est sa vie qui est en jeu ici, pas une rétribution financière).

Par ces deux pans historiques, la notion même de perte de liberté est ainsi mise en exergue de deux manières différentes : physiquement d’abord, artistiquement ensuite, donnant lieu à un débat à ce sujet dans toute la pièce que va finir par écrire Steiner – que l’auteur a d’ailleurs lui-même écrite à la fin de son récit – . En choisissant Molière et Louis XIV comme personnages principaux, il met en abyme sa propre situation, et surtout questionne sur l’idée d’art comme source, ou non, de liberté : jusqu’à quel point peut-on écrire/peindre… sous contrainte ? A quel prix un artiste est-il prêt à perdre sa liberté ? …

Un roman riche en informations et en questionnements intéressants en somme, qui reste accessible et agréable à lire, surtout pour des ados. C’est le genre de romans jeunesse que je serai tout à fait prête à faire étudier en classe, en prolongement d’un classique, du fait de sa richesse et de son intérêt, autant littéraire, qu’historique, ou philosophique.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s