Zoonomia (Bessora)

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Date de publication : 2018
Maison d’édition : Le serpent à plumes
Nombre de pages : 368 pages
Quatrième de couverture :  » 1846, Johann, 15 ans, vient frapper à la porte d’un appartement parisien. Né boiteux et bâtard, il est venu de la Réunion se faire reconnaître de son père avant de devenir aventurier comme lui. Son rêve : être le premier Blanc à voir le gorille. Mais son père est déjà reparti, vers ses trafics, vers le Gabon. Alors le jeune homme, recueilli par sa belle-mère, fait ses premières armes aux galeries naturalistes Perrin où il apprend le classement des espèces animales et la taxidermie, en attendant de vivre son grand rêve africain. »

Premier tome qui vient d’être publié d’une tétralogie future nommée La dynastie des boiteux, Zoonomia est un roman tout à la fois déroutant et passionnant, que j’ai eu du mal à lâcher malgré le peu de temps que j’ai pour lire en ce moment.

En effet, celui-ci m’a déroutée, dans le bon sens, dès les premières lignes, puisque le narrateur semble s’adresser directement au lecteur en le tutoyant très familièrement, ce qui est ma foi peu commun en littérature. J’ai en tête le vouvoiement de La modification de Michel Butor, et rien d’autre… Ce tutoiement trouvera bien sûr son explication au fil des pages, même si cette explication se devine plus qu’elle ne se lit, créant une atmosphère nébuleuse tout aussi déroutante, mais pas désagréable pour autant. L’incursion dans le récit est donc brutale, encore plus car nous sommes entraînés à la suite de Johann, jeune Réunionnais en mal de reconnaissance, autant personnelle que professionnelle, frappant à la porte de son supposé père, habitant à Paris, pour officialiser la filiation, sans autre préambule. La quatrième de couverture, que j’ai forcément lue d’abord, vient presque gâcher cette entrée en fanfare, très théâtrale, dans l’intrigue.

Et quelle intrigue, digne des grands romans du XIXème siècle que j’affectionne particulièrement ! Menée de manière somme toute classique, puisque chronologique, elle est en effet d’une grande richesse : à la fois récit initiatique, de mœurs, d’aventures, historique, psychologique, fantastique, réaliste, parfois surréaliste, elle renvoie parfaitement à l’époque qu’elle décrit, et nous fait penser à des auteurs comme Balzac ou Maupassant. Il en est de même quant au style, lui aussi très riche, puisqu’il mélange vocabulaire et tournures soutenus ou familiers, structure de phrases parfois classique, parfois plus inattendue.

Ce qui m’a également plu dans l’intrigue, c’est qu’elle mêle avec beaucoup de brio réalité et fiction, renforçant son atmosphère complexe et passionnante : Bessora, pour le personnage principal de chacun de ses quatre romans, s’est inspirée d’une personnalité ayant vraiment existé, pour ce premier tome Paul Belloni du Chaillu, premier homme « blanc » (il a des origines à la fois métis et bâtardes) à avoir observé de près les gorilles et découvert les tribus pygmées. De plus, de nombreuses références, plus ou moins importantes, sont faites à des « célébrités » du XIXème siècle que Johann, ou l’un(e) de ses proches, a pu croiser ou côtoyer au fil du récit, comme si le jeune homme était lui-même un être vivant, et non pas de papier. Je n’en dirai pas plus sur ces célébrités, laissant à chacun(e) le soin de les découvrir au fil de sa lecture. Enfin, toute l’ambiance scientifique de l’époque, entre racisme sans complexe et recherches sur les espèces inconnues des contrées exotiques colonisées, mais aussi sociologique, avec la place occupée par les enfants bâtards et/ou métis dans la société, ou encore religieuse, dans la confrontation des croyances chrétiennes et « païennes » (selon les chrétiens), vient parfaire cet ensemble : j’ai vraiment eu l’impression d’être au cœur de l’histoire, au même titre que notre héros, d’où ma difficulté d’ailleurs à m’arrêter de lire.

Enfin, nommer Johann « héros » ne me semble pas le plus approprié : c’est un anti-héros malgré lui, tout du moins au début, auquel l’on s’attache facilement de par sa fragilité et sa naïveté adolescentes, avant de finir par le trouver de plus en plus méprisable, ce qui m’a là aussi fait penser à des personnages des grands romans du XIXème siècle, surtout à Rastignac (Le Père Goriot), à Julien Sorel ou à Bel-Ami.

Zoonomia est donc, comme vous l’aurez compris, un gros coup de cœur : c’est un roman très bien ficelé, très bien écrit, vraiment riche. Un grand merci à Babelio et aux éditions du Serpent à plumes de m’avoir permis de le découvrir, et par la même occasion de découvrir Bessora, que je ne connaissais pas du tout, et dont j’apprécie franchement la plume. Je me procurerai en tout cas le prochain tome sans hésiter !

 

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