Mémoires d’un bison (Oscar Zeta Acosta)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 1972 / 2013
Langue originale : Anglais
Edition : Tusitala
Nombre de pages : 309
Quatrième de couverture : « En fin de compte, j’ai préféré devenir avocat. Pas pour pratiquer le droit. Mais simplement pour avoir un boulot qui puisse me permettre d’écrire l’histoire de ma vie sans avoir à me farcir ces tas de merde qui pensaient être les seuls à savoir ce qu’est la littérature ».

Voici donc le premier tome des mémoires du Docteur Gonzo, acolyte d’Hunter S. Thompson de Las Vegas Parano (Benicio Del Toro dans le génial film éponyme de Terry Gilliam). Le deuxième tome, La révolte des cafards, est une lecture prévue pour bientôt.

Du jour au lendemain, suite au décès impromptu de son assistante, Oscar Zeta Acosta décide de laisser tomber son métier d’avocat et de partir en road trip halluciné et hallucinant dans l’Ouest. Au fil de la description de ce road trip, durant lequel il rencontre justement Thompson, qui va devenir contre toute attente un ami, des réminiscences du passé de l’auteur permettent de comprendre son histoire présente.

Je dois dire que les premiers chapitres ont été laborieux : étant pourtant habituée à l’écriture gonzo ou beat de cette époque, j’ai eu du mal à entrer dans le bordel mental de Zeta Acosta avant qu’il ne finisse enfin par partir dans l’Ouest, où le récit devient plus stable et cohérent. J’ai même fini par m’attacher au Bison Brun et à vouloir en lire davantage, de plus en plus intéressée par le personnage qui se construisait sous mes yeux, en ce qu’il raconte la vie d’un latino pauvre, qui grandit aux Etats-Unis dans les années 40-60, la petite histoire rejoignant la grande Histoire, pas souvent abordée dans la littérature américaine. Cependant, cette Histoire est abordée avec beaucoup de dérision, propre à la façon même dont se voit l’auteur, de même que le monde qui l’entoure, ce que j’ai également fortement apprécié.

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Vous connaissez peut-être (Joann Sfar)

Sfar

Date de publication : 2017
Edition : Albin Michel
Nombre de pages : 300
Quatrième de couverture : « Au début il y a cette fille, Lili rencontrée sur Facebook.
Ça commence par « vous connaissez peut-être », on clique sur la photo du profil et un jour on se retrouve chez les flics.
J’ai aussi pris un chien, et j’essaie de lui apprendre à ne pas tuer mes chats.
Tant que je n’aurai pas résolu le problème du chien et le mystère de la fille, je ne tournerai pas rond.
Ça va durer six mois. »

 

Que dire… A part que j’ai eu l’impression d’être un psy lisant, tant bien que mal, les pensées décousues d’un de ses patients ayant du mal à exprimer sa solitude, ses désirs, sa frustration…

Ce fut laborieux, très laborieux, à tel point que mon esprit s’est souvent fait la malle au fil de ma lecture pour rêvasser à autre chose, ce qui ne m’arrive jamais. J’en suis même arrivée à une lecture en diagonale… Qui plus est, stylistiquement, rien ne ressort qui pourrait motiver davantage la lecture.

En fait, je n’ai pas bien compris l’intérêt de ce livre, du moins sa publication ; que l’on écrive ce genre de choses pour soi, pourquoi pas, mais de là à faire publier, il y a un monde. J’en resterai donc désormais aux BDs de Joann Sfar.

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Hommage à la Catalogne (George Orwell)

Orwell

Date de publication originale / Dans cette édition : 1938 / 2013
Langue originale : Anglais
Maison d’édition : 10/18
Nombre de pages : 303
Quatrième de couverture : « Texte fondateur qui préfigure en partie les visions dramatiques du monde totalitaire de 1984, Hommage à la Catalogne est autant un reportage qu’une réflexion sur la guerre d’Espagne. Engagé aux côtés des républicains, Orwell voit dans la trahison des communistes les conséquences du jeu politique stalinien. Il en découlera la prise de conscience d’un nécessaire engagement… »

George Orwell témoigne, dans son Hommage à la Catalogne, avec beaucoup de sincérité sur son engagement aux côtés des Républicains pendant la guerre civile espagnole : au plus proche des combats, mais sans jamais vraiment y prendre part, tranchées obligent (il finira tout de même par être blessé, mais pas vraiment de manière héroïque) ; matériel usé et peu utilisable, le plus souvent inexistant ; soldats très jeunes, totalement inexpérimentés, et dont la formation est plus qu’absurde ; conflit qui éclate à Barcelone, pendant sa période de permission, entre diverses factions armées républicaines, dont l’une, le P.O.U.M. – Orwell en fait partie – (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste), se verra répudiée, et dont les membres seront emprisonnés, voire exécutés… La fin semble pour lui plus que courue d’avance, ce qui ne l’empêche de s’engager profondément contre le fascisme franquiste tant qu’il le peut.

 Au fil de ces descriptions précises des évènements, qui montre que cette guerre civile est particulièrement complexe, puisqu’au sein même des Républicains les tensions sont omniprésentes,  les réflexions de l’auteur se font de plus en plus régulières, de plus en plus désabusées également, surtout lorsqu’il se rend compte, à Barcelone, que le totalitarisme n’est malheureusement pas forcément d’un seul côté…

Hommage à la Catalogne est un témoignage que j’ai trouvé vraiment intéressant : il est à lire car il permet de comprendre les raisons pour lesquelles Orwell a pu tout autant écrire, avec une telle lucidité, La ferme des animaux et 1984 par la suite. Par sa propre expérience, il a pu prendre conscience très vite de ce qui était en jeu dans le monde précédant la Seconde Guerre Mondiale.

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Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord (Garth Risk Hallberg)

Hallberg

Date de publication originale / Dans cette édition : 2007/2017
Langue originale : Anglais
Maison d’édition : Plon
Nombre de pages : 144
Quatrième de couverture : « Depuis des années, les Hungate et les Harrison coexistent pacifiquement dans une banlieue de New York. Ils se croisent à des barbecues le printemps venu, se réjouissent intérieurement d’être épargnés par l’ombre du divorce ou de la crise d’adolescence, applaudissent aux spectacles de fin d’année de leurs enfants. Mais lorsque le père d’une des familles décède, les survivants doivent faire face à la rude réalité. »

Nouvel OVNI de Garth Risk Hallberg (enfin le premier, puisque publié avant City on Fire aux Etats-Unis, mais pas en France), Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord aborde de manière particulièrement originale la vie de deux familles voisines, dont nous ne pouvons d’ailleurs pas savoir si elles sont réelles ou fictives.

Cette vie est présentée sous l’angle d’entrées thématiques très brèves (pas plus d’une page ; en voici quelques exemples : « ennui », « adolescence »…) qui peuvent se lire dans l’ordre où nous le souhaitons : linéaire, et donc alphabétique, ou selon les suggestions de l’auteur, qui fait des liens en fin d’entrée avec plusieurs autres entrées – à la manière de Marelle de Julio Cortázar. Chacune des entrées est accompagnée d’une photo qui l’illustre, et d’une notice explicative faisant penser à une étude zoologique, accentuant l’originalité de la démarche d’Hallberg. Nous avons alors l’impression que son ouvrage est avant tout scientifique, disséquant deux familles new-yorkaises par l’écriture pour mieux mettre au jour les caractéristiques communes de familles américaines types.

Dans tous les cas, peu importe le cheminement choisi, nous entrons in medias res dans  l’histoire, et même plutôt brutalement. Au fil des entrées, nous en apprenons un peu plus sur chaque personnage, mais malgré tout de manière lapidaire : les points de vue varient à chaque fois ou presque, et les informations sont, surtout au début, insuffisantes pour connaître les tenants et les aboutissants de ces entrées. Un vrai travail de reconstitution du puzzle est à faire au fur et à mesure de la lecture, ce qui rend celle-ci vraiment agréable, alors que, paradoxalement, les sujets abordés sont graves et décrivent des familles qui ont littéralement implosé.

Tout comme City on Fire, j’ai donc adoré Vies et mœurs des familles d’Amérique du Nord, surtout pour son côté décalé (graphiquement et narrativement parlant), mais aussi pour ce qu’il met en jeu quant à la description d’une Amérique de banlieue loin de tout idéalisme. J’attends en tout cas le prochain ouvrage de Garth Risk Hallberg avec impatience !

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Walden (Henry David Thoreau)

Walden

Date de publication originale / Dans cette maison d’édition : 1854 / 2013
Langue originale : Anglais
Maison d’édition : Le mot et le reste
Nombre de pages : 368
Quatrième de couverture : « Walden, publié en 1854, se présente comme le récit des deux années (1845-1847) que son auteur, Henry David Thoreau, a passé à vivre seul dans les bois, près du lac Walden, dans une cabane qu’il avait construite de ses mains. Mais si ce texte relate bel et bien, saisons après saisons, cette expérience de vie autosuffisante et frugale, vivifiante aussi, passée au plus près de la nature, il ne se limite pas au simple exposé d’un art de vivre. Longuement mûri, réécrit huit fois entre 1847 et 1854, Walden est le chef-d’œuvre littéraire de Henry David Thoreau. »

Avec Walden, je me suis sentie immédiatement en terrain connu, pensant aux Essais de Montaigne, au programme cette année de l’agrégation de lettres que je suis justement en train de préparer. C’est malgré tout beaucoup plus digeste, d’abord parce que c’est un ouvrage du XIXème siècle – la langue est donc plus abordable -, également parce qu’il est plus simple de suivre le fil de la pensée de Thoreau, qui ne va pas, comme Montaigne, « à sauts et à gambades » toutes les deux pages.

Mélange de réflexions sur soi et sur le monde, de citations de grands philosophes, écrivains, artistes… prouvant ses dires, de récits de situations plus ou moins concrètes et personnelles, l’auteur nous décrit avec beaucoup de conviction, parfois même de poésie ou d’humour, son expérience vécue pendant deux ans – il ne décrit qu’un an environ sur les deux – en pleine nature, au bord du lac Walden. Se limitant au minimum (nourriture, confort, dépenses…), il démontre en quoi ce minimum est possible, et même salutaire pour l’Homme, par sa propre expérience. Il fait en cela l’apologie, par exemple, de l’autonomie, de l’autosuffisance, du respect de la nature et de la communion avec elle, de la solitude, de la lecture « intelligente », de l’antimatérialisme, et surtout de la liberté individuelle…

Ouvrage que j’ai trouvé très intéressant, qui se lit vite et bien malgré ce qu’on pourrait en penser au départ, Walden fut donc un moment de lecture instructif. Il reste, qui plus est, d’actualité plus d’un siècle et demi plus tard, le monde s’enfonçant toujours plus dans les marasmes de la surconsommation au fil des ans.

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Funérailles célestes (Xinran)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 2004 / 2005
Langue originale : Anglais
Maison d’édition : Philippe Picquier
Nombre de pages : 192
Quatrième de couverture : « Xinran dresse le portrait exceptionnel d’une femme et d’une terre, le Tibet, toutes les deux à la merci du destin et de la politique. En 1956, Wen et Kejun sont de jeunes étudiants en médecine, remplis de l’espoir des premières années du communisme en Chine. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin. Peu après, Wen apprend la mort de son mari au combat sur les plateaux tibétains. Refusant de croire à cette nouvelle, elle part à sa recherche et découvre un paysage auquel rien ne l’a préparée – le silence, l’altitude, le vide sont terrifiants. Perdue dans les montagnes du nord, recueillie par une famille tibétaine, elle apprend à respecter leurs coutumes et leur culture. Après trente années d’errance, son opiniâtreté lui permet de découvrir ce qui est arrivé à son mari… »

Après lecture du quatrième de couverture et du prélude au récit, je m’attendais plutôt à un témoignage plus proche d’un reportage que d’un récit romanesque, mais il n’en est en fin de compte rien. Xinran a fait de l’histoire de Wen un roman, enfin elle n’a fait que transcender davantage le caractère déjà particulièrement romanesque de son histoire pour lui donner un aspect moins documentaire.

Ainsi, j’ai suivi la jeune femme et ses pérégrinations tibétaines avec beaucoup d’intérêt, notamment parce qu’elles sont accompagnées de descriptions assez précises du mode de vie, des coutumes, principalement religieuses, des tibétains, qui m’ont permis de découvrir davantage cette culture qui ne m’est pas forcément familière. Déracinement et bouleversement garanti donc, au même titre qu’elle, qui plus est en raison du conflit sino-tibétain de l’époque. Par contre, je dois avouer que j’ai été bien moins intéressée par l’autre versant du témoignage, autrement dit par le fait que Wen recherche son mari pendant plus de trente ans au Tibet, avant de découvrir le fin mot de sa disparition.

Une lecture que j’ai dans l’ensemble appréciée, sans pour autant que ce soit un coup de cœur.

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Les obus jouaient à pigeon vole (Raphaël Jerusalmy)

Jerusalmy

Date de publication : 2016
Maison d’édition : Bruno Doucey
Nombre de pages : 184
Quatrième de couverture : « 1916 : tranchée de première première ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. Le 17 mars à 16 h, le sous-lieutenant Cointreau-whisky, alias Guillaume Apollinaire, engagé volontaire, est atteint à la tempe par un éclat d’obus alors qu’il lit une revue littéraire. La revue qu’il tenait au moment de l’impact, annotée de sa main, vient d’être retrouvée en Bavière. C’est du moins ce que prétend l’auteur de ce récit. Les 24 h qui précèdent l’impact y sont relatées heure par heure, en un cruel compte à rebours qui condense le drame humain en train de se jouer au fond de cette tranchée et le bouleversement qu’il entraîne dans l’âme d’Apollinaire. Car cette journée va être capitale pour la poésie. »

Pour moi, Les obus jouaient à pigeon vole est une petite pépite littéraire dans laquelle Raphaël Jerusalmy imagine les vingt-quatre dernières heures fatidiques qui ont mené à la blessure à la tête de Guillaume Apollinaire en 1916, l’obligeant à quitter le front pendant un certain temps, avant d’y revenir, puis d’y mourir, le 9 novembre 1918, de la grippe espagnole.

Le récit, découpé heure par heure et ponctué, à chaque fois, à la fin, par un extrait textuel du poète en lien avec ce qui a été raconté auparavant, nous présente non seulement Guillaume, mais aussi les camarades qui font partie de son régiment, ou encore un soldat allemand, de l’autre côté des tranchées. Tous vivent le même calvaire, peu importe leur nationalité ou leur camp : le manque de nourriture, d’hygiène, de sommeil, de contact humain…

Mais, à la différence des autres, Guillaume, qui est devenu officier par sa bravoure au combat, a un échappatoire : l’écriture, qui est le véritable enjeu de ce récit, plus que de raconter les combats ou les conditions de vie des soldats. L’écriture de poèmes sur un carnet, mais aussi écriture de lettres à ses amis artistes, à sa marraine de guerre, à sa maîtresse Madeleine… L’écriture comme réponse à la barbarie et à la violence, comme moyen de ne pas devenir fou, comme témoignage également de la situation. Et cette écriture, la vision du monde qu’Apollinaire transcrivait dans sa poésie, se retrouve dans ces vingt-quatre heures en partie imaginaires.

Raphaël Jerusalmy arrive ainsi, avec beaucoup de brio, et pour la deuxième fois, à redonner vie à un poète majeur de la littérature française : il avait déjà, en effet, avant Apollinaire, imaginé la vie de François Villon après son exil de Paris dans La confrérie des chasseurs de livres, récit que j’avais aussi beaucoup apprécié. Il a une certaine capacité à se mettre dans la peau des auteurs dont il choisit d’imaginer un pan de la vie, à tel point que le lecteur a l’impression de les voir ressusciter sous ses yeux au fil de sa lecture.

C’est en tout cas un auteur que j’ai découvert totalement par hasard il y a quelques années, et que je suis depuis avec beaucoup d’intérêt.

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