L’éducation sentimentale (Gustave Flaubert)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 1869 / 1972
Maison d’édition : Le Livre de Poche
Nombre de pages : 668
Quatrième de couverture : « Un jeune provincial de dix-huit ans, plein de rêves et plutôt séduisant, vient faire ses études à Paris. De 1840 au soir du coup d’Etat de 1851, il fait l’apprentissage du monde dans une société en pleine convulsion. Sur son chemin, il rencontre le grand amour et les contingences du plaisir, la Révolution et ses faux apôtres, l’art, la puissance de l’argent et de la bêtise, la réversibilité des croyances, l’amitié fraternelle et la fatalité des trahisons, sans parvenir à s’engager pour une autre cause que celle de suivre la perte de ses illusions. »

 

Flaubert et moi, c’est une grande histoire d’amour qui dure depuis 20 ans, depuis le jour où j’ai décidé d’ouvrir Madame Bovary, comme ça, pour voir ; je fus charmée par Emma, bien sûr, pour qui j’avais un regard bien naïvement bienveillant, mais encore plus par le style de ce bon vieil ermite aigri et perfectionniste, qui s’astreignait à un travail rigoureux d’ascète huit heures par jour pour réussir à écrire, un jour, le Roman qui engloberait toutes ses aspirations et toutes ses envies, peine perdue malheureusement. Enfin, je ne suis pas là pour gloser sur Flaubert, mais pour évoquer plus précisément L’Education sentimentale, que je lis et relis ces derniers mois, puisque je prépare l’agrégation de lettres, et qu’il est en effet au programme.

J’avoue que ces nombreuses relectures me montrent à chaque fois davantage à quel point ce roman est une pépite, bien encore davantage que Madame Bovary. Emma Bovary, c’est une femme qui s’ennuie, mais qui agit, malheureusement jusqu’au bout. Frédéric Moreau, c’est un jeune homme qui s’ennuie aussi, mais qui reste passif face à son désenchantement progressif, face au désenchantement de la société qui l’entoure. Il se nourrit de rêves et d’illusions, de fantasmes de plus en plus grandiloquents, sans être capable de profiter du peu qu’il obtient, quand il l’obtient, ce qui est bien rare. Il rêve sa vie, et la voit s’écouler tout en passant son temps à regretter ce qu’il ne fait pas, à défaut de ce qu’il fait, bien entendu. Il est représentatif de son époque, plus précisément de la société de 1848, en pleine désillusion, tout autant politiquement, que socialement ou culturellement, qui ne sait comment agir, et qui donc n’agit plus vraiment.

Alors oui, Frédéric peut être particulièrement agaçant, oui, on peut avoir envie de lui foutre un bon coup de pied au cul pour qu’il se bouge enfin, mais où résiderait alors le charme, et surtout la nouveauté de ce roman qui, en décrivant un jeune homme qui ne fait rien de sa vie, a la capacité de décrire par son intermédiaire toute une époque, par une série de tableaux tous plus frappants de réalisme, mais aussi de cynisme, les uns que les autres ?

Je crois que c’est vraiment ce qu’il faut comprendre quant à ce roman, si l’on veut en saisir tous les enjeux, et prendre du plaisir à sa lecture, qui peut être ardue – notamment toutes les descriptions de repas et les scènes pendant les révoltes, que je trouve personnellement truculentes, enfin les goûts et les couleurs… – : Flaubert n’a pas fait son roman chiant juste pour le plaisir et pour gaver des ribambelles d’étudiants de fac de lettres, il a parfaitement mimé la vie de son personnage principal, tout simplement, pour faire prendre conscience à son lecteur ce qu’est l’essence même de l’ennui, du désenchantement, de la désillusion. Car ce qui aurait dû être un roman d’apprentissage, comme l’annonce le titre, n’est qu’un roman sur rien, inclassable et foncièrement moderne pour 1869.

Les clochards célestes (Jack Kerouac)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 1958 / 1974

Langue originale : Anglais (Etats-Unis)

Maison d’édition : Folio

Nombre de pages : 384

Quatrième de couverture : «Sans bourse délier, je quittai Los Angeles sur le coup de midi, caché dans un train de marchandises, par une belle journée de la fin septembre 1955. Étendu sur une plate-forme roulante, mon sac sous la nuque, les genoux croisés haut, je me laissai absorber par la contemplation des nuages tandis que le convoi roulait vers le nord. L’omnibus qui m’emportait me permettrait d’arriver avant la nuit à Santa Barbara où je me proposais de dormir sur la plage. Le lendemain matin, un autre omnibus m’emmènerait jusqu’à San Luis Obispo, ou bien le rapide de marchandises me déposerait à San Francisco à sept heures du soir.»

Après avoir terminé Personnages Secondaires, j’ai eu, en toute logique, envie de me lire un roman de Kerouac encore dans ma PAL : mon choix s’est porté sur Les Clochards Célestes, qu’il a beaucoup apprécié écrire, selon Joyce Johnson justement, mais auquel on a reproché d’être trop consensuel.

Et je suis malheureusement plutôt d’accord avec la critique : l’esprit de liberté, de vagabondage, de vie au jour le jour est certes toujours présent – à quoi s’ajoutent des considérations parfois philosophiques sur la vie, l’amour, la spiritualité… -, mais la folie dans l’écriture a tout bonnement disparu. Elle est bien loin la narration désordonnée, mimant à tambour battant les errances de Sal/Kerouac et de Dean/Cassady, laissant de la place à la spontanéité de l’imagination. Ici, tout semble mûrement pesé, réfléchi, écrit de manière très académique, même lorsque sont décrites des scènes hallucinantes, comme lorsque Ray/Kerouac part en périple montagnard avec deux compères rencontrés à San-Francisco peu de temps auparavant, alors qu’il fait particulièrement froid et qu’ils sont pas forcément bien équipés pour ce genre d’aventures…

Roman que j’ai trouvé très agréable à lire, Les Clochards célestes reste malgré tout une déception car j’ai eu du mal à ne pas retrouver la saveur habituelle de la plume de Kerouac. Pas que je n’aime pas l’écriture académique, bien au contraire, mais disons que j’ai trouvé ce que je lisais assez commun sans cette touche qui fait, pour moi, la patte de son auteur.

Les furies (Lauren Groff)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 2015 / 2017

Langue originale : Anglais (Etats-Unis)

Maison d’édition : L’Olivier

Nombre de pages : 426

Quatrième de couverture : « Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. » Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi. Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises. »

Voici ce qui fut une lecture particulièrement inattendue. Après avoir souffert pendant une centaine de pages, d’ennui, d’antipathie pour des personnages d’un égocentrisme et d’un vide intersidéral gigantesques, d’un style qui me paraissait confus et maladroit, j’ai, ô miracle, vu la lumière au bout du tunnel ! Ce qui était un marathon-lecture de cinq-dix pages le soir, avant de passer à autre chose, est devenu un sprint qui m’empêchait de lâcher le roman…

Les raisons de ce changement ?

  • Des personnages qui, en vieillissant, prennent en profondeur et en maturité, se prennent aussi de rudes claques de la vie dans la tronche, qu’il faut surmonter, et en deviennent ainsi beaucoup plus humains et intéressants (surtout Mathilde) ; ce qui a donné lieu, en toute logique, à ma prise de conscience de lectrice de tout l’intérêt de ce début de roman qui me tombait des mains.
  • Les mises en abyme de l’acte de création par la retranscription des travaux littéraires de Lotto, et le rôle de Mathilde dans ceux-ci ; ce que, étonnamment, j’avais trouvé sans intérêt dans Le monde selon Garp, comme quoi…
  • Une fin toute en ironie tragique, qui rappelle bien la passion de Lotto pour son maître, Shakespeare.

Les furies, ou le bon exemple de roman qui a besoin de temps pour se faire apprécier à sa juste valeur. Je sais à nouveau pourquoi je m’obstine toujours un peu avant d’abandonner une lecture !

Le musée des monstres Tome 1 : La tête réduite (Lauren Oliver et H.C. Chester)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 2015 / 2016
Langue originale : Anglais (Etats-Unis)
Maison d’édition : Hachette Romans
Nombre de pages : 352
Quatrième de couverture : « « Mesdames et messieurs, petits et grands, bienvenue au Musée des Horreurs de Dumfrey, venez découvrir ses curiosités en tout genre et autres bizarreries merveilleuses ! » Laissez-nous vous présenter Sam, le garçon le plus fort du monde, Philippa, la médium, Thomas, l’acrobate et assistant du magicien… Tous trois sont de jeunes orphelins qui ont grandi ensemble, heureux à l’abri des murs d’un étrange musée. Mais quand Max, lanceuse de couteaux, rejoint le groupe, une série de terribles évènements s’enchaînent. Suite à la mort d’une spectatrice lors d’une de leurs représentations, la ville accuse la tête réduite qui fait la fierté de Dumfrey d’être à l’origine d’une malédiction. Lorsque celle-ci disparaît, et que le musée se retrouve menacé de fermer, la bande des quatre orphelins extraordinaires décide de mener l’enquête… »

A première vue, ce premier tome de roman jeunesse avait du potentiel, notamment par l’originalité du cadre de l’action évoqué dans la quatrième de couverture, mais aussi par la présence d’illustrations de Benjamin Lacombe, que j’apprécie grandement.

Alors certes, le cadre de départ est bien original, mais l’intrigue et le développement des personnages beaucoup moins : le tout est assez stéréotypé, et l’on devine facilement le fin mot de l’histoire au fil de la lecture. Malgré tout, le roman se lit tout seul, les personnages sont sympathiques et attachants, ce qui m’a rendue plus indulgente quant à ces stéréotypes disséminés au fur et à mesure.

Le musée des monstres est donc un agréable roman jeunesse à lire, même si je regrette, comme souvent pour ce genre de livres, un manque d’originalité global…

Par contre, gros point noir : le roman est bourré de fautes diverses et variées, ce que je trouve déjà inacceptable en temps normal, mais encore plus quand l’ouvrage concerné est destiné à un public d’enfants ou d’adolescents. Je compte  lire le deuxième tome, mais j’espère qu’Hachette aura fait un effort de relecture !

Le monde selon Garp (John Irving)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 1978/ 1998
Langue originale : Anglais (Etats-Unis)
Maison d’édition : Points
Nombre de pages : 648
Quatrième de couverture : « Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… »

Après avoir dévoré avec beaucoup de plaisir et à toute vitesse les nombreuses pages de L’œuvre de Dieu, la part du diable en 2017, je partais confiante pour la lecture du deuxième grand classique de John Irving, Le monde selon Garp…

Quelle ne fut pas mon erreur !  Je l’ai certes terminé, mais je l’ai trouvé d’un ennui sans nom, exceptée l’avant-naissance de Garp… Entre les personnages qui sont sans saveur, l’intrigue qui est quasi inexistante, la thématique de l’écriture et du rapport de l’écrivain à son œuvre qui ne sert pas à grand chose, le style qui devient de plus en plus lourd (alors que je l’avais trouvé particulièrement sympathique précédemment : problème de traduction ?), et un humour qui m’a laissée de marbre, nous pouvons dire que j’ai été sacrément déçue. J’ai eu l’impression de lire un roman sans âme, complètement désincarné, autant par ses personnages que par son auteur – ce qui, en soi, ne me gêne d’habitude pas quand je lis par exemple Beckett, puisque c’est le but ; à moins que ce ne soit là aussi le but, mais dans ces cas-là je suis passée à côté.

Une grosse déception que ce Monde selon Garp. Je retournerai, un jour, dans les méandres d’un roman d’Irving, ayant adoré ma première lecture de celui-ci, mais ce ne sera pas pour tout de suite !

Frankenstein à Bagdad (Ahmed Saadawi)

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Date de publication originale / Dans cette édition : 2013 / 2016
Langue originale : Arabe (Irak)
Maison d’édition : Piranha
Nombre de pages : 371
Quatrième de couverture : « Dans le quartier de Batawin, à Bagdad, en ce printemps 2005, Hadi le chiffonnier récupère les fragments de corps abandonnés sur les lieux des attentats qui secouent la ville pour les coudre ensemble. Plus tard, il raconte à qui veut bien lui payer un verre qu’une âme errante a donné vie à cette mystérieuse créature, qui écume désormais les rues pour venger les innocents dont elle est constituée. »

A lire le titre et la quatrième de couverture de ce roman, l’on pourrait s’attendre à une réécriture bête et méchante du Frankenstein de Mary Shelley version contemporaine.

Mais il n’en est bien sûr rien, puisque le récit est ponctué tout d’abord d’une touche orientale très sympathique, autant dans la structure des chapitres que dans l’omniprésence de l’oralité au fil de ceux-ci (dialogues, personnages de conteurs…), ou encore dans l’apparition d’un fantastique bien particulier, pas forcément habituel chez nos écrivains européens.

Il est ponctué aussi, et surtout, d’une ambiance bien plus réaliste que le roman de l’auteure anglaise, puisque l’apparition du Trucmuche (c’est le nom de la créature à laquelle a donné vie, malgré lui, Hadi) se fait dans un contexte post guerre d’Irak, dans un pays en proie au chaos causé par la chute de Saddam Hussein donnant lieu à un conflit extrêmement violent entre plusieurs factions ennemies. Les attentats y sont légion, notamment à Bagdad, la capitale, expliquant cette possibilité de reconstruction d’un corps humain entier à partir de débris.  De cette façon, nous apprenons en filigrane certaines choses sur le fonctionnement de l’Irak dans cette situation. C’est, je dois dire, ce qui m’a le plus plu dans ce roman, ce mélange subtilement orchestré entre fantastique et réalisme qui permet de créer l’atmosphère propice au doute pour les personnages, et ainsi d’emmener le lecteur dans cette atmosphère, même s’il sait pertinemment qu’il est en train de lire de la fiction.

Une lecture somme toute agréable, même si inattendue – puisque je m’attendais à quelque chose de plus fantastique -, qui me donne envie de relire l’original, pour pouvoir comparer de manière plus pertinente.

 

Zoonomia (Bessora)

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Date de publication : 2018
Maison d’édition : Le serpent à plumes
Nombre de pages : 368 pages
Quatrième de couverture :  » 1846, Johann, 15 ans, vient frapper à la porte d’un appartement parisien. Né boiteux et bâtard, il est venu de la Réunion se faire reconnaître de son père avant de devenir aventurier comme lui. Son rêve : être le premier Blanc à voir le gorille. Mais son père est déjà reparti, vers ses trafics, vers le Gabon. Alors le jeune homme, recueilli par sa belle-mère, fait ses premières armes aux galeries naturalistes Perrin où il apprend le classement des espèces animales et la taxidermie, en attendant de vivre son grand rêve africain. »

Premier tome qui vient d’être publié d’une tétralogie future nommée La dynastie des boiteux, Zoonomia est un roman tout à la fois déroutant et passionnant, que j’ai eu du mal à lâcher malgré le peu de temps que j’ai pour lire en ce moment.

En effet, celui-ci m’a déroutée, dans le bon sens, dès les premières lignes, puisque le narrateur semble s’adresser directement au lecteur en le tutoyant très familièrement, ce qui est ma foi peu commun en littérature. J’ai en tête le vouvoiement de La modification de Michel Butor, et rien d’autre… Ce tutoiement trouvera bien sûr son explication au fil des pages, même si cette explication se devine plus qu’elle ne se lit, créant une atmosphère nébuleuse tout aussi déroutante, mais pas désagréable pour autant. L’incursion dans le récit est donc brutale, encore plus car nous sommes entraînés à la suite de Johann, jeune Réunionnais en mal de reconnaissance, autant personnelle que professionnelle, frappant à la porte de son supposé père, habitant à Paris, pour officialiser la filiation, sans autre préambule. La quatrième de couverture, que j’ai forcément lue d’abord, vient presque gâcher cette entrée en fanfare, très théâtrale, dans l’intrigue.

Et quelle intrigue, digne des grands romans du XIXème siècle que j’affectionne particulièrement ! Menée de manière somme toute classique, puisque chronologique, elle est en effet d’une grande richesse : à la fois récit initiatique, de mœurs, d’aventures, historique, psychologique, fantastique, réaliste, parfois surréaliste, elle renvoie parfaitement à l’époque qu’elle décrit, et nous fait penser à des auteurs comme Balzac ou Maupassant. Il en est de même quant au style, lui aussi très riche, puisqu’il mélange vocabulaire et tournures soutenus ou familiers, structure de phrases parfois classique, parfois plus inattendue.

Ce qui m’a également plu dans l’intrigue, c’est qu’elle mêle avec beaucoup de brio réalité et fiction, renforçant son atmosphère complexe et passionnante : Bessora, pour le personnage principal de chacun de ses quatre romans, s’est inspirée d’une personnalité ayant vraiment existé, pour ce premier tome Paul Belloni du Chaillu, premier homme « blanc » (il a des origines à la fois métis et bâtardes) à avoir observé de près les gorilles et découvert les tribus pygmées. De plus, de nombreuses références, plus ou moins importantes, sont faites à des « célébrités » du XIXème siècle que Johann, ou l’un(e) de ses proches, a pu croiser ou côtoyer au fil du récit, comme si le jeune homme était lui-même un être vivant, et non pas de papier. Je n’en dirai pas plus sur ces célébrités, laissant à chacun(e) le soin de les découvrir au fil de sa lecture. Enfin, toute l’ambiance scientifique de l’époque, entre racisme sans complexe et recherches sur les espèces inconnues des contrées exotiques colonisées, mais aussi sociologique, avec la place occupée par les enfants bâtards et/ou métis dans la société, ou encore religieuse, dans la confrontation des croyances chrétiennes et « païennes » (selon les chrétiens), vient parfaire cet ensemble : j’ai vraiment eu l’impression d’être au cœur de l’histoire, au même titre que notre héros, d’où ma difficulté d’ailleurs à m’arrêter de lire.

Enfin, nommer Johann « héros » ne me semble pas le plus approprié : c’est un anti-héros malgré lui, tout du moins au début, auquel l’on s’attache facilement de par sa fragilité et sa naïveté adolescentes, avant de finir par le trouver de plus en plus méprisable, ce qui m’a là aussi fait penser à des personnages des grands romans du XIXème siècle, surtout à Rastignac (Le Père Goriot), à Julien Sorel ou à Bel-Ami.

Zoonomia est donc, comme vous l’aurez compris, un gros coup de cœur : c’est un roman très bien ficelé, très bien écrit, vraiment riche. Un grand merci à Babelio et aux éditions du Serpent à plumes de m’avoir permis de le découvrir, et par la même occasion de découvrir Bessora, que je ne connaissais pas du tout, et dont j’apprécie franchement la plume. Je me procurerai en tout cas le prochain tome sans hésiter !